Les musulmans ne sont pas anti-juif
Ne pas être antisémite (antijuif)
Dieu a envoyé aux fils d’Israël de nombreux Messagers et leur a révélé la Torah et d’autres messages. Dieu, dans le Coran, invite les fils d’Israël à apporter foi en Son dernier Message, bien que le porteur de celui-ci, Muhammad, soit fils d’Ismaël et non pas fils d’Israël : “Ô vous à qui a été donné l’écriture, croyez en ce que Nous avons fait descendre, qui approuve ce qui se trouve auprès de vous…” (4/47). Dans le Coran, Dieu rappelle que le fait qu’Il ait auparavant nommé comme Messagers de nombreux hommes appartenant à la lignée des fils d’Israël ne signifie qu’Il ne puisse pas avoir nommé comme Messager un homme appartenant à une autre lignée, en l’ccourance la lignée des fils d’Ismaël.
Un jour, le Prophète se leva alors que passait le convoi funéraire d’un juif. Au questionnement de ses Compagnons sur le fait qu’il se soit levé, il répondit : “N’est-ce pas un être humain ?” (rapporté par al-Bukhârî, n° 1250, Muslim, n° 961). (Certes, d’après certains ulémas le fait de se lever ainsi lorsque passe un convoi funéraire a été ensuite abrogé par le Prophète, mais d’une part cet avis est celui de certains ulémas seulement et ne repose que sur une certaine interprétation d’autres Hadîths – cf. Fat’h ul-bârî 3/231-232 –, d’autre part cet avis ne fait pas de distinction entre musulmans et non-musulmans, mais dit que le fait de se lever ainsi a été abrogé aussi bien en ce qui concerne le convoi funéraire de musulmans que celui de non musulmans.) Voici donc le Prophète Muhammad qui rappelle à ses Compagnons que le juif est un être humain et qu’en tant que tel il a droit aux égards auxquels ont droit les humains de façon générale. Et ses Compagnons retiendront son enseignement : ayant un jour abattu un animal, Abdullâh ibn Amr dit aux gens de sa famille : “En avez-vous offert une part à notre voisin juif ? En avez-vous offert une part à notre voisin juif ? J’ai entendu le Prophète dire : “L’Ange Gabriel m’a tellement recommandé de bien agir envers le voisin que j’ai pensé qu’un jour le voisin pourrait avoir une part d’héritage”.” (rapporté par at-Tirmidhî, n° 1943, et Abû Dâoûd, n° 5152). Voici donc un Compagnon du Prophète qui considère l’exhortation islamique de faire le bien vis-à-vis du voisin comme s’appliquant naturellement à son voisin juif.
Il faut également rappeler que si les fils d’Israël gardent foi en l’unicité de Dieu et en le message de Moïse et apportent foi en le message de Jésus et celui de Muhammad (sur lui la paix), leur foi est valable et ils sont alors, à part entière, de confession musulmane. Abdullâh ibn Salâm, qui était un rabbin de Médine à l’époque du Prophète, en est le parfait exemple. C’est dans ce sens que se lit ce verset du Coran : “Tous ne sont pas semblables. Parmi les Gens du livre se trouve une communauté droite qui récite les versets de Dieu aux heures de la nuit, en se prosternant. Ils croient en Dieu et au Jour dernier, ordonnent le bien, interdisent le mal et accourent vers les bonnes œuvres. Ce sont des gens de bien” (Coran 3/113-114).
Tout ce qui précède concerne des textes. Dans les faits, maintenant, les musulmans sont des hommes, et il serait vain de vouloir idéaliser leur histoire : se sont forcément produits, pendant ces siècles d’histoire musulmane, des événements condamnables quant aux relations avec les juifs – et d’autres humains. Force est cependant de constater que les Juifs ont, largement et longtemps, vécu globalement en paix et en sécurité en terre musulmane. Bruno Guigue écrit : “La responsabilité de l’antisémitisme est loin d’être universelle. (…) La présence en terre d’Islam de non-musulmans est expressément prévue par le Coran et par la tradition, la Sunna. (…) Ils sont les dhimmis, les protégés. (…) Leur condition y est en effet codifiée par le pacte de la dhimma, qui signifie à la fois garantie, protection et contrat. (…) Grâce à la dhimma, de fortes minorités chrétiennes et juives ont vécu longtemps en paix et en sécurité au milieu des musulmans. (…) Aussi n’y a-t-il aucun équivalent, dans la culture islamique, de l’opprobre lancé par l’Occident chrétien à la face du Juif. Chassés d’Espagne par les rois catholiques après 1492, les Juifs séfarades ont trouvé refuge dans le monde arabe. Et c’est l’empire ottoman qui leur offre, jusqu’au début du XXème siècle, un asile irremplaçable” (Aux origines du conflit israélo-arabe, l’invisible remords de l’Occident, 1998, L’Harmattan, pp. 51-53).
Depuis le début du conflit israélo-arabe, cependant, certaines parties des populations musulmans confondent tout et se sont mises elles aussi à détester le juif en tant que tel. Cette attitude n’est cependant pas conforme à ce que prêche l’islam, se fonde le plus souvent sur l’ignorance, et doit être abandonnée. On ne peut également que condamner les actes de destruction commis contre des synagogues, des écoles privées juives, etc. ici et là de par le monde ; les agressions de personnes juives parce que juives sont tout aussi condamnables : il s’agit d’innocents, et rien ne justifie de tels actes.
Ceci étant dit, il ne faut pas non plus tomber dans l’autre extrême et voir de l’antisémitisme partout : ceux qui dénoncent les injustices de l’Etat d’Israël n’en sont pas pour autant anti-juifs. Exactement comme ceux qui dénoncent les injustices de certains Etats musulmans de la planète n’en sont pas pour autant anti-musulmans ou islamophobes.
Wallâhu A’lam (Dieu sait mieux).

28 octobre 2008 à 2:10
Well said.