cheikh Al Albany

Son enfance…

Il est né en 1914 dans la ville de Ouchqou Dara qui était à l’époque la capitale d’Albanie, dans une famille pauvre mais pratiquante et connue pour les connaissances religieuses. Son père al Haj Nouh fut diplômé des instituts religieux de la capitale Othomane ” Istanbul “, puis il est revenu chez lui pour enseigner et éduquer les gens.
Lorsque le roi “Ahmed Zogho ” prit le pouvoir en Albanie, et décida de rendre le pays laïque imitant l’occident dans tous les domaines de la vie, le père prit peur et pressentit que le mal s’accroîtra. Alors il prit la décision d’émigrer en Syrie (Cham) pour sauvegarder sa religion et par crainte pour ses enfants des troubles. Son choix fut la ville de Damas dont il avait auparavant prit connaissance lors de son voyage pour le pèlerinage et ce qui le poussa à choisir cette ville ce sont les Hadiths rapportés sur les mérites de cette région et les invocations faites par le Messager -prières et bénédiction d’Allah sur lui- pour elle.

Le grand savant al Albany a terminé ses études primaires dans l’école de ” Jam’yat al Is’af al Kheiry ” à Damas avec un niveau élevé. Du fait de la mauvaise idée que se faisait son père sur les écoles publiques du point de vue religieux, il décida de ne plus le laisser aller à l’école, et lui prépara un programme structuré. De ce programme, il apprit le Coran avec le Tajwid, la grammaire et le Fiqh d’après le Madh-hab Hanafi. De même que des amis à son père ont participé à son enseignement des sciences religieuses et arabes comme on verra plus loin.

Il apprit de son père la réparation des montres jusqu’à devenir un des meilleurs réparateurs de la ville, et il commença à gagner sa vie de ce métier. Son apprentissage de ce métier et son émigration vers la Syrie (Cham) furent deux grands bienfaits d’Allah pour lui, et pour cela son père a un grand mérite car le métier de réparateur de montres lui permit d’avoir un grand temps libre pour pouvoir lire et étudier les livres, et l’émigration vers Damas lui permit de connaître la langue arabe et les sciences religieuses depuis leurs sources.

Vers la science du Hadith et l’importance qu’il lui donna…

Le cheikh al Albany se dirigea vers la science du Hadith alors qu’il n’avait que 20 ans à peu près, attiré par les articles qui paraissaient dans la revue “al Manar” publiée par le cheikh Mouhammad Rachid Rida -qu’Allah lui fasse miséricorde-.

Le premier travail qu’il entreprit dans le Hadith fut de recopier le livre : Al Moughni ‘an haml al asfar fil asfar fi takhrij ma fil ihya minal akhbar du Hafidh al ‘Iraquy -qu’Allah lui fasse miséricorde- avec des annotations.
Celui qui regarde l’effort du cheikh dans ce travail est étonné par son intelligence, par ses bonnes connaissances à ce jeune âge, et l’étonnement augmente pour son assiduité pour le rangement du livre, et pour sa bonne écriture.
Ceci fut pour lui le début d’un grand bien car il avait de plus en plus d’envie pour la science du Hadith jusqu’à que son père désapprouva sa préoccupation pour cette science et lui disait :

” La science du Hadith est réservée à ceux qui font faillite ! “.

Malgré tout cela, l’amour du cheikh pour le Hadith du Messager d’Allah -prières et bénédiction d’Allah sur lui-, et la distinction de l’authentique et du faible ne faisaient qu’augmenter. Et puisqu’il vivait sous la charge de son père qui avait à sa charge une grande famille, il n’avait pas les moyens d’acheter ce qu’il lui fallait comme livres qu’il ne trouvait pas dans la bibliothèque de son père qui était pleine de livres suivant le rite Hanafite.

C’est pour cela qu’il se dirigea vers la grande bibliothèque Adhahirya. Ceci fut un grand bienfait d’Allah sur lui car il y trouvait tout livre qu’il ne pouvait acheter, de même certaines librairies commerciales lui prêtaient des livres comme la librairie de Salim al Qouçaibany -qu’Allah lui fasse miséricorde- et la librairie arabe Hachémite (al Maktaba al ‘arabya al hachimya) de ‘Oubeid Ikhwane.

Son intérêt pour le Hadith et ses sciences est devenu sa grande préoccupation, jusqu’à ce qu’il lui arrivait de fermer sa boutique pour aller à la librairie Adhahirya et il y restait douze heures sans se lasser de la lecture, des annotations et de la vérification sauf pour les Salâts pour lesquelles il s’arrêtait. Et souvent il mangeait simplement dans la bibliothèque. Puis la direction de la bibliothèque décida de lui réserver une pièce pour lui seul, pour qu’il puisse faire ses recherches utiles dans la science, et aussi de lui donner la clé de la bibliothèque. Et là, pendant des années, le cheikh venait tôt le matin avant les employés qui eux retournaient chez eux à l’heure du Dhohr sans revenir, alors que lui, y restait ce qu’Allah veuille qu’il reste, et il lui arrivait de ne repartir qu’après avoir prié la Salât du ‘Icha.

Tous ceux qui le voyaient à l’époque dans la bibliothèque, savaient le degré de ses efforts et sa volonté de ne pas perdre de temps, jusqu’à que certains lui en voulaient car il était trop dans la lecture et l’écriture lorsqu’ils lui rendaient visite à la bibliothèque. Naturellement le cheikh était excusable car il ne voulait pas perdre son temps avec les longues salutations et bienvenues, il répondait aux questions qui lui étaient posées, tout en regardant dans le livre et sans relever son regard vers celui qui pose la question avec le strict minimum de mots suffisants. Parmi les fruits de ce grand effort béni, il y a eu :
- Takhrij ahadith al bouyou’ fi mawsou’ati al fiqh al islami (Recherche sur ceux qui ont rapporté les Hadiths concernant le commerce dans la jurisprudence islamique), et d’autres ouvrages que l’on verra si Allah le veut.
- Celui qui lit l’introduction du cheikh dans Fahras makhtoutat al Hadith fil maktaba adhahirya (L’index des manuscrits du Hadith dans la bibliothèque Adhahirya), lorsqu’il parle sur la difficulté de retrouver une feuille perdue ou mal rangée, reconnaît la longue patience et l’énorme effort qu’il a entrepris pour servir la Sounnah purifiée.

L’appel à Allah exalté soit-Il…

Les Hadiths du Messager d’Allah -prières et bénédiction d’Allah sur lui- ont eu un grand effet sur la voie qu’entreprit le cheikh dans la science comme dans la pratique, et c’est comme ça que le cheikh prit la bonne voie authentique qui est de ne prendre que d’Allah et de Son Messager -prières et bénédiction d’Allah sur lui- seulement en s’aidant de la compréhension des grands Imams parmi les pieux prédécesseurs, sans aucun fanatisme pour l’un d’entre eux, mais plutôt c’est la vérité qu’il recherchait là où elle se trouve.

De là, il commença à contredire le Madh-hab Hanafi dans lequel il grandit. Son père -qu’Allah lui fasse miséricorde- s’opposait à lui durement, alors le cheikh lui démontrait qu’il n’était pas permis à un musulman de délaisser la pratique des Hadiths du Messager d’Allah -prières et bénédiction d’Allah sur lui- alors qu’ils sont authentiques et que certains Imams les ont mis en pratique quelque soit celui qui les contredit, tout en lui expliquant aussi que ceci est la voie de l’Imam abou Hanifa ainsi que les autres imams, qu’Allah leur soit clément.

Et c’est comme ça que les discussions ont commencé entre le cheikh al Albany et les autres savants. Il subit une grande opposition de la part de beaucoup de cheikhs fanatiques à leurs Madh-hab et des cheikhs Soufis et des charlatans innovateurs, et surtout des gens de la même origine que lui (la communauté albanaise de Damas) qui poussaient la masse contre lui en prétendant qu’il était un Wahhabite égaré et ils prévenaient les gens contre lui, alors qu’au même moment des savants connus de Damas étaient d’accord avec lui et l’ont encouragé à continuer dans son prêche. Parmi eux, il y avait le grand savant Bahjat Albaitar, le cheikh ‘Abdoul Fattah al Imam, le cheikh Tawfiq al Barzah et bien d’autres, qu’Allah leur soit clément. Le Cheikh al Albany n’en avait que faire des paroles des gens et de leur opposition, mais bien au contraire ceci ne faisait que le pousser à persister sur la vraie voie. Il s’éduquait à avoir la patience et à supporter le mal (qu’on lui faisait) et ceci comme application du commandement de Louqmane à son fils comme Allah nous le cite dans Son Livre

Et il est véritablement comme le dit sur lui un de ses élèves : « Il est comme la pluie qui ne regarde pas sur quelle terre elle va tomber ».

Le cheikh prit en main l’étendard du Tawhid et de la Sounnah, et visita beaucoup de savants de Damas et il y a eu entre lui et eux beaucoup de discussions sur des questions du Tawhid, l’attachement fanatique au Madh-hab et les innovations, et ceci, en compagnie du cheikh ‘Abdoul Fattah al Imam -qu’Allah lui fasse miséricorde- qui était à l’époque le président de l’association des jeunes musulmans.

Le cheikh -qu’Allah lui fasse miséricorde- donnait deux cours par semaine auxquels participaient les étudiants en religion et quelques professeurs d’université. Parmi les livres qu’il a enseignés, il y a :
1- Fath al Majid Charh Kitab at Tawhid (commentaire du livre de l’unicité) de ‘Abdour-Rahmane ibn Hassan ibn Mouhammad ibn ‘Abdil Wahhab.
2- Ar Rawda an Nadya Charh ad Dourar al Bahya.
3- Minhaj al Islam fil Houkm (la voie de l’islam dans la façon de gouverner) de Mouhammad Assad.
4- Ouçoul al Fiqh (les fondements de la jurisprudence) de ‘Abdoul Wahhab Khallaf.
5- Mouçtalah at Tarikh (la science de l’histoire) de Assad Roustoum.
6- Fiqh as Sounnah (la compréhension de la Sounnah) de Sayid Sabiq
7- Al Ba’ith al Hathith Charh Ikhtiçar ‘Ouloum al Hadith d’ibn Kathir de Ahmad Chakir.
8- At Targhib wa at Tarhib de al Hafidh al Moundhiri.
19- Ryad as Salihin (Les jardins des vertueux) de an Nawawy.
10- Al Ilmam fa Ahadith al Ahkam d’ibn Daqiq al ‘Id.

Mais il n’a pas pu terminer ces deux derniers livres à cause de certains cheikhs qui se sont plaints de lui auprès des autorités et il fut emprisonné à peu près six mois. Il avait déjà connu la prison avant cela en 1967 où il y resta un mois.

Le cheikh avait des voyages mensuels organisés, au début c’était pour une semaine par mois, puis ce fut trois jours par mois. Le cheikh allait dans les grandes villes comme Halab, Idlab, Alladhiqya, Salmya, Homs, Hama, Arriqah puis des voyages vers la Jordanie avant qu’il ne décide d’y résider dernièrement. Tous ces efforts et ces voyages eurent de très bons fruits, même s’il y avait l’opposition des gens de la passion, cela ne le décourageait pas à continuer.

L’enseignement à l’université Islamique de Médine…

Avec l’aide d’Allah, élevé soit-Il, puis des efforts continus, de bons ouvrages du cheikh ont vu le jour dans les domaines du Hadith, du Fiqh, de la ‘Aquida et autres qui ont montré aux savants ce qu’Allah lui avait donné comme compréhension authentique, grande science, grande compréhension du Hadith, de ses sciences, de ses narrateurs, ainsi qu’un chemin scientifique qui fait du Livre et de la Sounnah le juge et la balance dans tous les domaines, et tout ceci avec la compréhension des pieux prédécesseurs et leur voie dans l’apprentissage et du d’écoulement des règles et des lois.

C’est cette voie qu’entreprirent beaucoup de grands savants surtout le cheikh al Islam ibn Taymiya et ses élèves, et ceux qui les ont suivis.

Tout ceci rendit le cheikh célèbre, les savants retournaient à lui, les responsables des écoles de science reconnaissaient son degré. Ce qui poussa les responsables de l’université islamique (de Médine) lors de sa fondation, et à leur tête le cheikh et grand savant Mouhammad ibn Ibrahim Âl cheikh -qu’Allah lui fasse miséricorde- le président de l’université islamique à l’époque et le grand Moufti du Royaume d’Arabie Saoudite, de choisir le cheikh al Albany pour le poste de professeur du Hadith, de ses sciences et de sa compréhension à l’université. Le cheikh y resta trois ans, de l’année 1381h jusqu’à la fin de l’année 1383h, en enseignant le Hadith et ses sciences, et pendant cette période il était un bon exemple à suivre dans l’effort, la sincérité et la modestie. Ceci se voyait très bien dans ses assises avec les étudiants pendant les inter-classes et dans les voyages organisés par l’université. Et à cette époque, il était membre du Conseil de l’université.

Le retour du cheikh à Damas…

Le cheikh est retourné à Damas avec encore une plus grande volonté, et il rejoignit sa pièce qui lui était réservée dans la librairie Adhahirya, et il se remit à étudier et écrire, et il consacra tout son temps à cela. Il délaissa sa boutique (pour réparer les montres) à un de ses frères, puis à son fils après la mort de son frère -qu’Allah lui fasse miséricorde-. Son temps entièrement réservé à l’étude et l’écriture lui permit de présenter au monde islamique encore plus d’ouvrages utiles et de bonnes vérifications qu’on citera dans cette biographie.

argument en lui-même (à part entière) dans les croyances et les règles). Il visita l’émirat du Qatar et y donna une conférence avec pour titre : Manzilatou as-Sounnah fil Islam (la place de la Sounnah dans l’Islam). Il fut envoyé par la direction des recherches scientifiques, de l’Ifta et du prêche (Ryad – Arabie Saoudite) en Egypte, au Maroc et en Grande-Bretagne pour prêcher au Monothéisme et à la vraie voie islamique. Il fut invité à beaucoup de congrès. Il participa à certains et s’excusa à la plupart de ne pouvoir y participer à cause du manque de temps, vu le nombre de ses travaux dans la science. Il visita certains pays européens, il y rencontra les minorités musulmanes ainsi que les étudiants musulmans, et il y donna des cours importants.


Les ouvrages et les travaux scientifiques…

Le cheikh a laissé beaucoup de livres écrits par lui-même et des travaux scientifiques sur d’anciens ouvrages, dont certains ont été traduits dans d’autres langues.

[Ici l'auteur 'Acim al Qar-youty en cita 114 et j'invite les frères et les sœurs à retourner au texte arabe pour voir les titres. Quant à son élève cheikh ‘Ali Hassan al Halaby, il en cite 218 dans son livre Ma’a cheikhina Naçir as-Sounnah wad-Dine.] (Le traducteur)

D’après une biographie rédigée par aboul Achbal ‘Acim ibn ‘Abdillah al Qar-youty,
Professeur à l’université islamique de Médine, le 10 Cha’bane 1405h.
Traduit en français par : Abou ‘Abdir-Rahmane ‘Abdoullah Attantany

En compagnie de Cheikh Al Albany durant les 8 derniers mois de sa vie
raconté par son élève ‘Ali ibn Hassan Al Halabi Al Athari

Avant d’entamer mes propos concernant notre cheikh, notre père, notre professeur «Assad as Sounnah, littéralement : Le lion de la Sounnah » et la fierté des Imams, abou ‘Abdir-Rahman Mouhammad Naçiroud-dine al Albany-qu’Allah lui fasse miséricorde-, je noterais deux points très importants :

1 Le début d’un bien :
En effet l’année 1332 H, qui fut l’année de sa naissance, fut également l’année du décès du grand savant de Syrie Jamaloud- dine al Qassimi -qu’Allah lui fasse miséricorde-. En fait, cette année là, le ciel de la Syrie perdit une étoile qui laissa apparaître à sa place un astre nouveau.

2 Une belle fin :
L’année de sa mort, 1420 H, fut également l’année du décès du grand savant, le cheikh ‘Abdoul ‘Aziz ibn ‘Abdillah ibn Baz -qu’Allah lui fasse miséricorde-. Oui, à quelques mois d’intervalle nous perdîmes abou ‘Abdillah, puis ensuite, abou ‘Abdir-Rahmane, deux astres lumineux qui ont recouvert la planète entière, son ciel et sa terre, de lumière.

Telle fut l’interprétation du rêve pieux que fit plus d’un homme de bien à des moments proches et des lieux éloignés. En effet, il y a quelques mois certains virent en rêve deux étoiles immenses dans le ciel, leurs lumières éclairaient tout l’horizon, et c’est alors que l’une d’entre elle tomba puis l’autre suivie.

Oui, le monde est pratiquement dans les ténèbres après la perte de ces deux savants, eux, autour desquels Allah réunissait le bien, la science, la Da’wa, la ‘Aquida, le Minhaj et ce avec bonté et réforme.

Allah a permis, et à Lui le mérite, à l’auteur de ces quelques lignes, de tenir compagnie au cheikh abou ‘Abdir-Rahmane pendant 22 ans. Ce temps là, fut apprentissage bénéfique, amour, entraide et reforme. J’ai été dans les derniers moments, honoré d’une compagnie encore plus proche, dans sa maison, au sein de ses livres près de son bureau, pendant les huit derniers mois de sa vie bénie, marquée par la science, la vérification (des Hadiths). Cette vie finie par le bien et le bonheur -InchaAllah-.

J’ai pu constater de lui -qu’Allah le couvre de Sa Miséricorde- des moments forts dans la science prouvant son importance et la place qu’il occupait et j’en citerais certains à mes frères pour qu’ils puissent en tirer profit et en faire profiter d’autres :

· Lorsque je lui ai annoncé le décès de cheikh ibn Baz -qu’Allah lui fasse miséricorde- il ne put contenir le pleur et versa de fortes larmes et prononça de bonnes paroles sur lui.

· Il ne se languissait pas de s’asseoir derrière son bureau, pour écrire et vérifier des ouvrages, et ce, car ses enfants et petits-enfants lui apportaient les livres jusqu’au 50e jour précédant sa mort, car son corps devint faible et il perdit ses forces. Malgré cela, il resta sain d’esprit, n’était pas sujet à l’oubli, son cœur était fermement attaché au Coran et à la Sounnah.

Et comme on dit : « Si j’oublie, je n’oublierais pas », la conversation téléphonique que j’ai eu avec lui 30 jours environ avant son décès pour me demander de l’aider à retrouver un livre de Tafsir, lui appartenant. Il était différentiable, il se rappelait de sa forme, sa couleur… Mais malheureusement je n’ai pas pu l’aider à le reconnaître.

Notre frère abou ‘Oubadah ‘Abdoullatif fils de notre cheikh Mouhammad Naçiroud-dine al Albany, me raconta que notre cheikh lui demanda, 48 heures avant sa mort, de lui apporter son livre Sahih Sounan abi Dawoud pour y vérifier quelque chose qui lui tenait à cœur et qui lui préoccupait l’esprit.

· Dès l’instant où il ne put plus écrire de sa propre main, il dictait à ses enfants ou ses petits enfants certains Hadiths à écrire, et particulièrement dans la Silsila des Hadiths faibles et ils écrivaient donc de lui.

Et je me souviens encore il y a quelques mois à peine, lorsqu’il écrivit 18 pages pour dénoncer un Hadith Mounkar (parmi les Hadiths faibles) et il avait rassemblé sur sa table des dizaines de livres dont il en prit ce qu’il voulait et l’écrivit d’une façon superbe et remarquable, et en tira les morales et les remarques importantes. Et il ne fait aucun mystère pour celui qui écrit et publie, combien il est difficile pour celui qui écrit lui-même, de regrouper des textes qui se ressemblent dans des livres différents, alors que dire de celui qui, en plus, se doit de dicter cela aux autres et ne peut l’écrire lui-même.

· Je l’ai vu accorder une importance particulière au livre Al moudawi li’ilal al jami’ wa charhi al manawi de Ahmad ibn as-Siddiq al Ghoummari [..] Il examinait les propos de l’auteur et apportait des critiques et des remarques et discutait longuement. Et j’ai écrit de lui le 22 dhoul Qi’da de l’an 1419 H à son domicile les propos du cheikh concernant cet ouvrage: « Ce livre n’est pas bon, je ne conseille pas sa lecture sauf pour les grands étudiants appliqués ; Et si seulement quelques étudiants doués et forts prenaient la succession de ce travail en écrivant un livre pour le réfuter que l’on pourrait intituler Al Kâwi lil Moudawi et on y mentionnerait les Hadiths faibles, que lui considère authentiques, et les Hadiths authentiques que lui considère faibles… »

· Le dernier livre sur lequel travailla notre cheikh est Tahdhib Sahih al Jami’ as-Saghir wal Istidrak ‘alaïh. Il me répondit lorsque je l’interrogeais au sujet de ce livre : « J’entreprends cet ouvrage sous la suggestion de ma maladie et de ma faiblesse »
Son travail consista à authentifier ou non les Hadiths dont il n’avait pas encore analysé les chaînes de narrateurs, se contentant du jugement qu’en firent les savants et les Imams comme les Hadiths de Tarikh Dimashq (l’histoire de Damas) d’ibn ‘Assakir et Al Mou’jam al Awsat et Al Mou’jam al Kabir de at-Tabarany et autres…

· Mes dernières approches du cheikh m’apprirent de nombreuses choses et je considérais ses moments comme étant des cercles d’apprentissages intensifs. J’ai appris plus amplement la méthode du cheikh et sa minutie en voyant tous ses ouvrages, environ 150 manuscrits dont certains sont complets et d’autres encore inachevés.

· J’ai tenté, ces derniers temps de ne pas voyager pour ne pas quitter notre cheikh, et je me suis vu m’excuser à plusieurs reprises de voyager pour différents pays : l’Amérique, l’Allemagne, la Hollande, l’Espagne, l’Indonésie.

Mais je me suis rappelé qu’il fallait d’urgence partir en Arabie Saoudite pour renouveler ma carte de résidence, alors je demandai la permission à notre cheikh mercredi, et je ne savais ce que le destin nous réservait.

Je lui rendis donc visite après le ‘Icha, il était là, allongé sur son lit, le dos appuyé sur le bord du lit et je l’ai vu, par Allah, comme je ne l’avais pas vu depuis des mois : Le visage net, les yeux scintillants, la voix claire, l’esprit apaisé et je lui dis : « Par Allah ! Cheikh je n’aime pas me séparer de vous, mais ce qui doit être fait doit être forcément fait ».

Puis je lui expliquais l’obligation de mon voyage et il accepta cela de la meilleure façon en faisant des invocations pour moi et il dit: « J’espère qu’Allah te ramènera parmi ta famille en paix ! »

Puis je lui fit mes adieux. Le jeudi matin, je voyageai donc et j’arrivai à Riyad après la prière du Dhohr.
L’Annonce de sa mort

Le jour suivant, environ deux heures après la prière du vendredi, j’appelais depuis Riyad chez notre cheikh pour avoir de ses nouvelles. Ce fut sa femme -qu’Allah la fasse patienter et la rétribue- qui me dit que l’état du cheikh était le même que depuis ma dernière visite qui datait de moins de deux jours. Mais arriva le jour prévu :
Traduction relative et approchée : “Et lorsque leur date limite arrivera il ne pourront la devancer d’une heure ni la retarder.”

Nous avons effectué la prière du Maghreb à la mosquée de ad-Dira à Riyad, et ce fut le cheikh Abdoul’Aziz ibn ‘Abdillah Âl Cheikh le Moufti d’Arabie Saoudite qui guida la prière. Je rencontrais à la mosquée de nombreux frères comme le cheikh ‘Abdoul ‘Aziz as-Sadhan qui me fit faire la connaissance du Moufti que j’ai salué. Puis il m’interrogea sur l’état de cheikh Nacir, comme avait l’habitude de le faire ceux qui me voyaient en voyage, ou non, puis je lui répondis que la situation de notre cheikh restait inchangée, et qu’il était encore malade et que nous demandions à Allah qu’Il lui redonne force.

Et nous ne savions pas, à ce moment là, que notre cheikh était en train de mourir ou était mort. Entre le Maghreb et le ‘Icha se réunissait une assemblée de frères parmi les Toulab al ‘Ilm (étudiants), et par grâce d’Allah, lors de cette assemblée, la discussion tournait autour de cheikh al Albany et des efforts dont il faisait preuve dans la science. La première question fut celle du propriétaire de la maison qui évoquait des rumeurs concernant cheikh, l’accusant d’être un Mourji et d’être en désaccord avec Ahl as-Sounnah en ce qui concerne al Iman (la foi). Je lui répondis donc, grâce à Allah, par une réponse exhaustive tirée des grands savants anciens et contemporains, comme ibn Taymiya, ibn al Qayim et ceux qui les avaient suivis dans la science et la foi. Je m’attardais donc à démontrer que le Minhaj de notre cheikh était en accord avec le leur et ne le contredisait en rien. Et nous n’avions pas fini avec la première question, et pas entamé la deuxième que nous parvint la terrible information par un coup de téléphone, et ce, seulement 30 minutes après la prière du Maghreb, cheikh al Albany venait de décéder !

Il n’y a de vrai Dieu qu’Allah, c’est à Allah que nous appartenons et vers Lui que nous retournerons !

Allah a dit :

Traduction relative et approchée : “Et Nous n’avons attribué l’immortalité à nul homme avant toi. Est-ce que si tu meurs, toi, ils seront, eux, éternels.”S21 V34

Par Allah ! Ce fut un choc mais nous avons patienté et non faibli.
Il ne s’écoula pas plus d’une heure sans que tout Riyad entière fut au courant, puis la Mecque, puis Médine, puis…, puis…
Et c’est comme si la terre entière, en une petite heure, fut au courant de la mort de cheikh, s’attrista et pleura.
Et la tristesse qui se trouvait dans mon cœur était bien plus douloureuse et ma blessure plus profonde, car il se passa ce dont j’avais peur mais c’est vers Allah que nous retournerons !

En fait il s’est passé le contraire de ce que j’attendais, et ce que j’évitais à tout prix se passa (une sagesse certaine). Il n’y a de pouvoir et de force qu’en Allah !

Et le Prophète -prières et bénédiction d’Allah- a dit : « Et lorsqu’un mal t’arrive, ne te mets pas à dire : « Si j’avais fais ainsi et ainsi. » Mais dis plutôt : « C’est Allah qui a prédestiné et a fait ce qu’Il a voulu. » Car le « Si » permet à Chaïtan d’intervenir. » Rapporté par Mouslim d’après abou Houreira

Mais même si le cheikh est mort et fut enterré alors que je fus loin de lui, chose qui fut dure pour moi, j’eus tout de même le privilège, et le mérite revient à Allah, d’être le dernier à avoir parlé au cheikh et pour qui il fit des invocations, à l’avoir rencontré, serré sa main, hormis sa famille, alors Louange à Allah pour ce qu’Il a prédestiné et facilité !

Allah a dit :

Traduction relative et approchée : “Dis : Rien ne nous atteindra en dehors de ce qu’Allah a prescrit pour nous.”S9 V51

Le dimanche matin, environs deux heures avant la prière du Dhohr, l’avion en provenance de Riyad arriva à ‘Amman, et j’accourus près de la tombe du cheikh, essayant d’appliquer des Sounnah face auxquelles le cheikh était méticuleux, lorsque l’on manque la prière funéraire d’un proche ou d’un ami. J’ai donc prier sur lui, près de sa tombe, par 9 Takbir demandant à Allah pour lui la miséricorde, les hauts degrés et la compagnie des meilleurs parmi les adorateurs d’Allah pieux.

Je voyageais donc jeudi en saluant notre cheikh la veille, et je revenais dimanche alors qu’Allah l’avait choisi auprès de Lui, la veille également. Ce ne fut donc qu’une question de deux journées !!

· Il s’avère que le testament écrit de notre cheikh est daté du 27 Joumada al Awal 1410H, soit depuis 10 ans !! Toute sa vie fut sur la Sounnah (son vivant et sa mort).

Voici en fait 8 situations s’étant produites sur une période de 8 mois, la première étant la plus chère de ma vie et la dernière la plus dure pour moi.

Qu’Allah fasse miséricorde à notre cheikh,
Et qu’Allah nous réunisse avec lui parmi les pieux.
Car Il est proche et répond aux invocations !

Extrait de Ma’a cheikhina Nacir as-Sounnah wad-Dine par ‘Ali Hassan al Halaby. Traduction de Oummou Yassir


Le Dernier Testament de Cheikh Albany

Premièrement : Je recommande a ma femme, mes enfants et mes amis et à tous ceux qui m’aiment d’invoquer en ma faveur le pardon et la miséricorde lorsqu’ils apprendront mon décès et qu’ils ne pleurent pas sur moi d’une manière exagérée ou en élevant la voix.

Deuxièmement : Qu’ils s’empressent de m’enterrer et qu’ils n’informent de mes proches et mes frères que ceux qui seront nécessaires à ma préparation ! Et que se charge de mon lavage ‘Izzat Khadr abou ‘Abdillah, mon voisin et ami sincère et ceux qu’il désignera pour l’aider.

Troisièmement: Je choisis d’être enterré dans le lieu le plus proche, pour que ceux qui me porteront ne soient pas contraints de me transporter en voiture et qu’ensuite ceux qui suivent soient également contraints de prendre leurs voitures. Et que l’on m’enterre dans un vieux cimetière susceptible de ne pas être profané.

Et que ceux qui se trouveront dans le pays de ma mort n’informent pas mes enfants qui ne s’y trouvent pas, et encore moins les autres personnes, qu’après m’avoir enterré, et ce, pour que les sentiments n’entrent pas en jeu et qu’à cause de cela mon enterrement soit retardé, demandant au seigneur de le rencontrer alors qu’il m’a pardonné mes péchés antérieurs et ultérieurs…

Et je lègue ma bibliothèque entière, que ce soit des éditions ou des photocopies ou des manuscrits, de ma main ou d’une autre main, à la bibliothèque de l’Université Islamique de Médine, car j’y ai de bons souvenirs ayant attrait à l’appel au Coran et à la Sounnah, sur la voie des Pieux prédécesseurs, du temps où j’y enseignais. J’espère qu’Allah en fera profiter ses visiteurs tout comme Il fit profiter de son propriétaire les étudiants à l’époque.

Allah permet moi de remercier les bienfaits que Tu m’as octroyés, à moi et mes parents, et de faire de bonnes actions qui Te satisfassent et améliore ma descendance. Je me repentis à Toi et je suis du nombre des musulmans.

27 Joumada al Awal 1410 H (1990).

Tiré de la revue «Ma’a cheikhina Nacir as-Sounnah wad-Dine » , Traduction en français par Oummou Yasser

Conseil à tous les Musulmans par son Eminence Cheikh naçirou-dine al Albany ( qu Allah Lui fasse Miséricorde )

Louange à Allah. Nous Le louons, Lui demandons aide et nous Lui demandons pardon, et nous cherchons refuge auprès d’Allah contre nous-même et contre nos mauvaises actions. Celui qu’Allah guide il ne sera point perdu et celui qu’Allah égare il ne sera point guidé. Et je témoigne que Le Seul qui mérite l’adoration est Allah Seul sans associé et que Mouhammad -prières et bénédiction d’Allah sur lui- est Son serviteur et messager.

J’adresse ce message à tous les Musulmans, en particulier à nos frères partisans de la Da’wa bénie, Da’wa du Coran et de la Sounnah authentique, qui suivent le chemin des pieux prédécesseurs.

En tout premier lieu, je les appelle, ainsi que moi-même à craindre Allah -Tabaraka wa Ta’ala-.

En outre, je leur recommande d’accourir à l’apprentissage de la science utile, suivant la parole divine :
Traduction relative et approchée : ” Et craignez Allah et Allah vous apprendra “

Et qu’ils sachent que la science saine pour nous tous ne sort pas (au delà) du Livre (Coran) et de la Sounnah sur la voie des pieux prédécesseurs, et qu’ils assemblent avec leur science et leur recherche d’accroissement (de cette science), la mise en pratique de cette science selon leurs capacités, afin que cette science ne devienne pas une preuve contre eux mais plutôt pour eux !
Traduction relative et approchée : “Le jour où ni bien ni enfant profiteront sauf pour qui se présentera à Allah avec un cœur sain”

D’autre part, je les mets en garde de fréquenter un grand nombre de gens, qui par de très nombreux biais ont dévié du Minhaj Salafi. Tous ces biais se rejoignent dans le « Soulèvement » contre les musulmans et leurs communautés. Par conséquent, j’exhorte tous les musulmans à se conformer à l’ordre du Prophète -prières et bénédiction d’Allah sur lui-énoncé dans le Hadith authentique suivant : « Soyez frères, Ô adorateurs d’Allah, tel qu’Allah -Tabaraka waTa’ala- vous l’a ordonné ! »

Par ailleurs je vais répéter ce que j’ai dit lors d’une précédente assise puisque la répétition est toujours profitable : Nous devons nous montrer doux lorsque nous faisons la Da’wa aux antagonistes, nous devons toujours être en conformité avec la parole d’Allah -Tabaraka wa Ta’ala-.
Traduction relative et approchée : “Par la sagesse et la bonne exhortation appelle [les gens] au sentier de ton Seigneur. Et discute avec eux de la meilleure façon”

Nous devons d’autant plus user de toute notre sagesse envers ceux qui s’opposent le plus à nos fondements, à notre dogme, afin de ne pas regrouper le poids du prêche de la vérité dont Allah -’Aza wa Jal- nous a comblé, et le poids de la mauvaise manière de prêcher à Allah -’Aza wa Jal-.

Par conséquent, je souhaite que tous nos frères, de tous les pays musulmans, adoptent ces bons comportements islamiques et, à la suite de cela, qu’ils ne recherchent derrière cela que La Face d’Allah -’Aza wa Jal-, n’attendant de personne ni récompense, ni gratitude. J’espère que ces paroles seront suffisantes.

Louange à Allah, Seigneur des Mondes

Traduction de la cassette du : 22 / 07 /1419 h

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