Mise en garde contre deux innovations répandues chez certains jeunes se réclamant du manhaj salafi
Extrait de “L’encouragement à suivre la sounnah, la mise en garde contre l’innovation et l’exposition de sa gravité” du cheikh Abdul-Mohsin Al-Abbad Hafizahullah. Traduit pour Al-Mourabitoune
1) L’innovation consistant à examiner les gens sur des personnalités bien précises
Parmi les innovations répréhensibles, ce qui a lieu de nos jours et qui consiste à examiner certains gens de la sounnah par rapport à des personnalités bien précises. Ceci, que le motif de cet examen soit l’aversion envers la personne sur laquelle on examine, ou au contraire la vénération qui est portée à une autre. Si le résultat de l’examen répond à l’attente de l’examinateur, l’examiné sera accueilli les bras ouverts et aura droit aux éloges et compliments. Dans le cas contraire, il n’aura droit qu’à la critique acerbe, le tabdi’1, l’exil et la mise en garde contre lui.
Je relate dans ce qui va suivre, des passages où Shaykh Al Islam Ibnou Taymiyyah
met le doigt sur l’innovation qui consiste à examiner les gens par rapport à des personnalités qu’on porte en animosité ou qu’on vénère.
Il dit dans “Majmou’ou al Fatawaa” lorsqu’il parle de Yazid Ibnou Mou’awiyah :
« La vérité est la position des Imams et qui statue qu’il ne convient pas de lui vouer un amour particulier, ni de le maudire. Malgré cela, s’il était désobéissant (fassîq) ou injuste, Allah
pardonne au désobéissant et à l’injuste, surtout s’il a à son actif d’immenses bonnes actions. Al Boukhari a rapporté dans son recueil authentique d’après Ibnou ‘Omar
que le Prophète
a dit :
“La première armée qui attaque Constantinople est pardonnée” et la première armée qui a fait le siège de Constantinople était sous le commandement de Yazid Ibou Mou’awiyah, et il y avait dans ses rangs Abou Ayyoub al Ansari2…
Il convient donc d’être modéré à ce sujet et de cesser de parler de Yazid et d’examiner les musulmans par rapport à lui, car cela est une innovation contraire aux préceptes d’Ahlou as sounnah wa al jama’ah » (vol. 3 p. 413-414)
Il dit également : « De même que diviser la communauté et l’examiner par rapport à ce que ni Allah, ni son Messager n’ont ordonné » (vol. 3 p. 415).
Il dit aussi : « Il n’appartient à personne d’ériger à la communauté un individu à propos duquel on invite à sa voie, par rapport auquel on aime ou on déteste, à l’exception du Prophète (
). De même on ne brandira pas une parole par rapport à laquelle on aime ou on déteste si ce n’est la parole d’Allah, de Son Messager et de ce autour de quoi s’est assemblé la communauté. Cela est une caractéristique des gens de l’innovation qui érigent un personnage ou un slogan avec lesquels ils divisent la communauté, ils prennent d’amitié ou, au contraire, conçoivent l’inimitié par rapport à tel slogan ou telle affiliation » (vol. 20 p. 164)
Il dit encore : « Si l’enseignant ou le professeur ordonne d’isoler une personne ou de le mépriser, le « descendre » ou l’éloigner, on examinera cela :
- Si le concerné a commis un péché reconnu comme tel par la législation (dhamban shar’ian) il sera punit proportionnellement à son erreur pas d’avantage.
- S’il n’a pas commis de péché reconnu comme tel par la Loi, il n’est pas permis de le châtier juste parce que telle est la volonté du professeur ou autre. Il n’est pas du droit des enseignants de rendre les gens partisans ou de propager entre eux l’inimitié ou l’aversion, ils doivent plutôt être tels des frères qui s’entraident dans la bienfaisance et l’accomplissement des bonnes Å“uvres, comme l’a dit Allah (
) :
Et coopérez dans la bienfaisance et l’accomplissement des bonnes Å“uvres et ne vous entraidez pas dans le péché et la transgression
» (vol. 28 p. 15-16)
S’il était permis d’examiner les gens sur des personnalités de notre époque pour savoir qui est de Ahlou Sounnah ou non, il serais plus logique d’examiner les gens par rapport à celui qui est le plus digne pour cela et qui est le Shaykh de l’Islam, le Moufti du monde entier, l’Imam d’Ahlou Sounnah de notre époque notre Shaykh, le Shaykh ‘Abdoul ‘Aziz ibnou ‘Abdillah Ibn Bâz décédé le 27 du mois de Muharram de l’année 1420 de l’Hégire, qu’Allah lui fasse miséricorde et le récompense. Lui qui est connu de tous par l’étendue de son savoir, son apport immense, sa sincérité, sa gentillesse, sa tendresse, son souci que les gens soient bien-guidés et corrigés. Nous le considérons comme tel et Allah le connaît mieux que nous.
Il avait une méthodologie unique dans la prédication et l’enseignement, dans l’action d’ordonner le convenable et d’interdire le blâmable. Elle se distingue par la douceur et la gentillesse dans ses conseils et nombreuses réfutations. Sa manière de faire est de corriger Ahlou sounnah et non de les repousser, de les redresser et non de s’opposer à eux, de les élever et non de les empoisonner, une manière de faire qui unit et non ne divise, réunit et non ne déchire, corrige et non n’anéantit, facilite et non ne rend difficile
Combien ceux qui s’occupent de la science et ses étudiants sont dans le besoin d’emprunter ce chemin correct et cette voie grandiose, de par ce qu’elle engendre comme bien et repousse comme mal pour les musulmans.
Il est du devoir des adeptes et de ceux qui sont à la tête et qui ont pris part à ce genre d’examen d’abandonner cette pratique qui a divisée Ahlou Sounnah et est la cause de l’inimitié entre eux.
Il faut pour cela que les adeptes délaissent cet examen et tout ce qui en découle comme ostracisme, aversion et rupture, ils doivent au contraire, être des frères affectueux, coopérant dans le bien et l’accomplissement des bonnes Å“uvres.
Il faut également que les leaders se désolidarisent de cette pratique dans laquelle ils ont été suivis, qu’ils affichent clairement leur désaveu à son égard et à l’égard de ceux qui s’y adonnent. Il n’y a que comme ça que les adeptes seront à l’abri de ce fléau et les leaders ne devront plus supporter les conséquences d’avoir été à la base de cet examen et de ce qui en résulte comme dommages qui retombent sur eux.
2) Mise en garde contre le phénomène de la critique (Tajrih)3 et du fait de qualifier d’innovateur (Tabdi’i)4 qui est l’Å“uvre de certains gens de la sounnah contemporains
Dans le même registre que l’innovation qui consiste à examiner les gens par rapport à certaines personnalités on peut évoquer ce qui est apparu ces temps-ci comme phénomène derrière lequel se trouve un petit noyau des gens de la sounnah (Ahlou Sounnah) et qui est la critique de certains de leurs frères d’Ahlou Sounnah, le fait de les qualifier d’innovateurs et ce qui en résulte comme ostracisme (Hajr), rupture des relations (Taquâtu’) et empêchement de tout apprentissage auprès d’eux. Cette critique (Tarjrih) et ce Tabd’i sont dans certains cas basés sur le fait de considérer ce qui n’est pas une innovation comme en étant une.
Je prends comme exemple que les deux Shaykh ‘Abdul’Aziz Ibnou Bâz et Ibnou ‘Outheymine
ont émis une fatwa (verdict religieux) autorisant à une association de prendre part à une démarche par rapport à laquelle ils (les deux shaykhs) ont évalués qu’il y avait un intérêt à participer5. Parmi ceux à qui cette fatwa n’a pas plue, il y a ce noyau qui ont critiqué cette association pour cela.
L’affaire n’en est pas restée là, si bien que la critique s’est étendue à ceux qui coopéraient avec cette association en lui donnant des conférences, les accusant de faire des concessions par rapport à la voie des Salafs, alors que ces deux honorables savants donnaient eux-mêmes des téléconférences à cette association.
Ce noyau a également à son actif la mise en garde contre le fait d’assister au cours d’une personne car il ne critique pas telle personne ou tel mouvement. Parmi ceux qui sont derrière cela il y a un de mes élèves de la Faculté de Shari’a de l’Université Islamique (de Médine) qui en est sorti l’année 1395-1396 de l’hégire cent quatrième sur les cent dix neufs licenciés 6.
Il n’est pas connu pour s’occuper de la science, je ne lui connais absolument aucun ouvrage scientifique et le gros de son activité est la critique, le tabdi’i et la mise en garde contre beaucoup de gens de la sounnah. Ce critiqueur n’arrive pas à la cheville de certains de ceux qu’il a critiqué de par le bien que comportent leurs cours, conférences et ouvrages. Une personne sensée ne peut cesser de s’étonner lorsqu’elle écoute une des ses cassettes qui contient l’enregistrement d’un entretien téléphonique entre Médine et l’Algérie durent lequel le critiqueur questionné à mangé la chair de beaucoup de gens de la sounnah et pour lequel le questionneur a gaspillé son argent à tort. Le nombre de ceux sur qui il est questionné dans cette cassette dépasse la trentaine, parmi eux on compte le ministre, mais aussi des connus et des moins célèbres et un petit nombre pour lesquels on ne se désolera pas. N’ont été épargné dans cette cassette que ceux à propos de qui il n’a pas été interrogé et certains de ceux qui en sont sortis indemnes n’ont pas été épargnés par d’autres de ses cassettes que l’on trouve sur l’Internet.
Ce qui lui incombe est de s’abstenir de manger la chair des savants et étudiants en sciences religieuses tout comme il est du devoir des jeunes et étudiants en sciences religieuses de ne pas prêter attention à ces critiques et accusations d’innovations qui nuisent et ne sont d’aucun profit et de s’occuper avec la connaissance bénéfique qui leur apporte le bien et la bonne fin dans ce bas monde et l’au-delà.
Al hafîdh Ibnou ‘Asâkir
dit dans son livre “Exposition du mensonge du calomniateur” : « Sache - mon frère - qu’Allah nous amène à Son agrément et fasse que nous soyons de ceux qui Le craigne et Le vénère comme il se doit de l’être - que la chair des savants est empoissonnée et la manière par laquelle Allah traite ceux qui les dénigrent est connue ».
J’avais relaté dans mon ouvrage “Douceur des gens de la sounnah envers les gens de la sounnah” un nombre important de versets, hadiths et propos de Salafs relatifs à la préservation de la langue par rapport au fait de dénigrer les gens de la sounnah et surtout les gens de science. Malgré cela, cet ouvrage n’a pas plu à ce critiqueur qui l’a décrit comme étant non approprié à la diffusion, l’a dénoncé et mis en garde contre le fait de le diffuser. Il est tout à fait clair que celui qui observe cette critique et consulte le livre s’apercevra que ce jugement est tout à fait hors contexte et qu’il s’agit plutôt ici du cas qu’a décrit le poète :
« Il se peut que l’œil renie la lumière du soleil à cause d’une conjonctivite et que le palais ne reconnaisse plus l’eau pour cause de maladie »
Quant à l’assertion de l’élève critiqueur à propos de mon livre “Douceur des gens de la sounnah envers les gens de la sounnah” : « Par exemple, l’affirmation que la méthodologie du Shaykh Ibn Baz et celle du Shaykh Al ‘Outheymine sont différentes de la méthodologie de autres gens de la sounnah est une erreur incontestable. Le fait qu’ils n’ont pas multipliés les réfutations et n’ont pas réfuté les opposants. Si cela s’avérait être vrai, ce serait contraire à la voie d’Ahlou sounnah wa al djama’ah. C’est en réalité un dénigrement des deux Shaykhs et des autres à propos de qui cette affirmation pourrait être dite »
Je répondrai à cela de plusieurs manières :
Premièrement :
Il n’est à aucun moment mentionné dans le livre que le Shaykh Ibnou Bâz ne multiplie pas les réfutations, au contraire, ses réfutations sont nombreuses. J’ai cité dans le livre - p51 - : « Il faut que la réfutation se fasse avec douceur et gentillesse et un désir profond que le fautif soit exempt de telles erreurs et lorsque l’erreur est claire et évidente. Il convient de revenir aux réfutations du Shaykh ‘Abdoul’Aziz Ibnou Bâz - qu’Allah lui fasse miséricorde - afin d’en tirer profit sur la manière qu’il convient d’adopter dans les réfutations »
Deuxièmement :
Je n’ai à aucun moment fait mention de la méthodologie du Shaykh al ‘Outheymine
dans les réfutations, car je ne lui connais aucun ouvrage, résumé ou détaillé dans les réfutations. J’ai posé la question à l’un de ses élèves réguliers à ce propos et il m’a confirmé qu’il ne lui connaissait aucune réfutation. Cela ne le diminue en rien car il était occupé par l’étude des connaissances, leur diffusion et la composition d’ouvrages.
Troisièmement :
La méthodologie du Shaykh ibn Bâz
est différente de celle de l’élève critiqueur et de ses semblables, car sa méthodologie était marquée par la douceur, la gentillesse et la volonté d’être bénéfique à celui à qui s’adresse le conseil et le ramener vers le bon chemin. Quant au critiqueur et ses semblables il se distingue par leur dureté, le fait de rebuter et de dénoncer alors que beaucoup de ceux qu’il a critiqué dans ses cassettes, le Shaykh Ibnou Bâz disait du bien d’eux, les encourageait à la prédication (da’wah) et poussait les gens à tirer profit d’eux et à s’instruire auprès d’eux.
En conclusion, je n’ai jamais prétendu que le Shaykh Ibnou Bâz n’avait pas de réfutations à son actif. Quant au Shaykh Al ‘Outheymine, je ne l’ai même pas mentionné dans le contexte des réfutations, ainsi il apparaît clairement que ce qu’a dit le critiqueur au sujet du livre ne s’applique en aucun cas à son contenu. Tout ceci constitue une preuve éclatante de son embrouillement et de sa non vérification de l’exactitude de ses informations. Si tel est le cas par rapport à un écrit, qu’est-ce que cela doit être par rapport à ce qui ne l’est pas ?
Quant à la parole du critiqueur : “J’ai bien lu le livre et je connais la position d’Ahlou sounnah à son égard, sûrement avez-vous vu les réfutations de certains savants et shouyoukhs. Je ne crois que les réfutations vont s’arrêter à ce stade, il y en aura d’autres qui vont s’y mettre, car comme a dit le poète :
Un frère est venu brandissant sa lance
Il y a certes parmi tes cousins des manieurs de lances 7
“
Je réponds à cela en disant que les gens de la sounnah auxquels il fait allusion sont ceux dont la méthodologie diffère de celle du Shaykh Ibnou Bâz. Il cherche par cette parole à stimuler ceux qu’il ne connaît pas afin qu’ils attaquent le livre après avoir encouragé ceux qu’il connaît.
Je n’ai, en réalité, aucunement brandi une lance mais j’ai, bien au contraire, adressé un conseil qui n’a pas été accepté par le critiqueur et ses semblables car le conseil ressemble pour celui à qui il s’adresse au remède pour le malade et il y a des malades qui prennent le médicament même s’il est amèr car ils en attendent un bienfait. Par contre la passion empêche certains de ceux à qui un conseil est adressé de l’accepter et il préfère même mettre en garde contre ce dernier.
J’invoque Allah qu’Il nous accorde la réussite, qu’Il nous guide et nous préserve des pièges de Satan et de ses manigances.
Trois autres se sont associés à l’élève critiqueur ; deux d’entre eux à Médine et à la Mecque qui comptent également parmi mes élèves de l’Université Islamique de Médine. Le premier a reçu sa licence en 1384-1385 et le second en 1391-1392, quant au troisième, il se trouve à l’extrême sud du pays 8. Le second et le troisième ont qualifié quiconque distribue le livre d’innovateur, ce qui constitue un tabdi’i globalisant et généralisateur. Je ne sais pas s’ils ont conscience que des savants et étudiants en sciences religieuses auxquels on ne peut attribuer ce qualificatif ont distribué le livre.
J’attend de leur part qu’ils me fassent parvenir leurs remarques, si elles existent, sur lesquelles ils ont fondés leur tabdi’i général afin que je puisse les examiner. Le Shaykh ‘Abdurahman As-Soudaïss, imam et prêcheur de la mosquée sacré de la Mecque a délivrer un sermon depuis la chaire de la mosquée sacrée dans lequel il a mit en garde contre le fait qu’Ahlou sounnah s’entredéchirent. Nous le conseillons vivement car il est important et bénéfique.
Je demande à Allah - élevé soit-Il - de faciliter à tous l’accomplissement de ce qui Le satisfait, tout comme je Lui demande la juste compréhension de la religion, la stabilité sur la vérité, ainsi que de nous occuper de ce qui nous importe au lieu de ce qui ne nous importe pas. Il est capable de tout et que le salut et la prière d’Allah ainsi que Sa bénédiction soient sur notre Prophète Mohammad.
Notes d’Al-Mourabitoune1: Se faire qualifier d’innovateur.
2: Célèbre Compagnon du Prophète 
3: Il s’agit, bien sur, ici de la critique déplacée ou non fondée et non pas de la critique de manière générale qui si elle est opportune est un des devoirs des gens de science.
4: La remarque en note 3 s’applique également ici, si ce n’est qu’au lieu de la critique, il s’agit du fait d’étiqueter comme innovateur.
5: Il s’agit de l’Association de la Revivification du Patrimoine Islamique (jam’iyatou Ihya Tourâth al Islâmi)
6: Le Shaykh fait allusion à Fâlih Al harbi
7: Le Shaykh corrige dans le texte arabe une erreur grammaticale commise par Al Harbi lors de la citation du vers.
8: Le Shaykh fait référence dans l’ordre à Shaikh rabi’ Al Madhkali, à Shaykh ‘Oubaïd Al Jâbari et à Shaykh Al Nadjmi